« Les préférences et les aversions constituent les sentiments fluctuants qui reposent à la surface de la perception de la sensation naturelle de la vie – l’inébranlable joie ou la félicite d’être en vie, ou simplement d’être.
Les gens commettent l’erreur de penser qu’ils se trouvent dans cet état en étant simplement eux-mêmes de façon normale. Ils ferment les yeux sur leurs dépressions intermittentes, leur mauvaise humeur et leurs problèmes – le malheur – qu’ils portent volontairement avec eux comme une partie d’eux-mêmes ou de leur vie normale.
L’état d’être se reconnaît au fait de demeurer à tout moment dans la joie de la vie à l’intérieur – sans malheur. Et ceci se reflète à l’extérieur par une absence de tout problème dans le monde. Dehors comme dedans. »

Barry Long – Seule meurt la peur. Le relié 1996 p.73

Enfant, je remarquais quelques incohérences dans le monde des adultes, des changements d’humeurs soudains qui changeaient l’atmosphère relationnelle. J’étais d’autant plus interloqué lorsque plus tard ces mêmes personnes ayant retrouvé leur « bonne humeur » affirmaient, en parlant d’elles-mêmes, qu’elles avaient une personnalité qui ne ressemblaient en rien à ce qu’elles avaient pu démontré. C’est même arrivé parfois d’entendre certaines de ces personnes réprouver chez les autres le trait de caractère exact dont elles ont fait preuve, comme si elles étaient frappées d’amnésie.
Peut-être par manque de franchise, j’ai toujours été mal à l’aise avec ce type de personnalité. Puis un jour, je me suis rendu compte qu’il m’arrivait de faire la même chose. C’est un instant furtif assez désagréable, à tel point qu’il serait plus facile de le laisser filer sans le voir.
Pourtant, grâce à ces moments de clarté passagère, j’ai compris que je n’étais pas aussi éveillé que je voulais me le faire croire. Je devais me surveiller davantage, en faisant preuve de curiosité et de bienveillance, et chercher à comprendre pour quelles raisons je vivais ce leurre, dans quelles circonstances.

Chemin faisant, j’ai découvert que se surveiller, s’observer ainsi, c’est apprendre à être conscient. Conscient de soi sans se satisfaire de ses bons cotes en omettant les autres, ceux laissés dans l’ombre et qui errent sur les sentiers sauvages de mon paysage intérieur. Or, je crois que rencontrer ses ombres sans rejet ni peur permet de s’ouvrir à soi-même et de ré instaurer l’amour de façon saine envers soi-même et envers les autres.

Ainsi, si l’on cherche à ré enchanter le monde, y mettre un peu de lumière durable, pas seulement pour soi-même, mais aussi pour la Vie, il me semble nécessaire de rencontrer ses ombres. C’est possible, à condition d’être curieux (se) et d’en avoir envie.

Es-tu game ?

Oli